.LE RÊVE

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Marie-Christine Vernay, Libération
3 juin 2002

Songe et fougue
C'est par un voyage vidéo d'Anna Ådahl à même la peau que Fabrice Lambert démarre son solo Rêve. Du détail microscopique au corps entier du danseur sur scène, il y a mille façons de regarder, mille points de vue à expérimenter. Rien de dans le langage, ni la pose du pied souvent sur la tranche, ni les comptes du temps, ni la manière d'être à la scène sans imposer d'image. Un songe sans effet de lumière, mais éclairé comme il le faut ; même de dos, le danseur engage un véritable dialogue avec le spectateur.

Muriel Steinmetz, L’Humanité
3 juin 2002

Avec Rêve, de Fabrice Lambert, les repères spatio-temporels habituels sont cruellement déboussolés. Une vidéo (d'Anna Ådahl) propose d'abord des plans insolites du corps : pomme d'Adam roulant sous la peau du cou comme une bille en téflon ; géographie du dos où les os saillent comme des rochers ; épiderme de la main, où les veines se soulèvent comme une vague de fond ; petits os délicats des doigts ; buisson épineux des aisselles où des gouttes de sueur scintillent. Puis Fabrice Lambert, seul en scène, donne à entendre son souffle amplifié. Les doigts tordus comme des racines, il manipule on ne sait quoi en l'air, tandis que ses pieds, comme du beurre mou, ne le soutiennent que peu. On dirait que sa main, dans le vide, palpe le silence et cherche à s'y agripper. Elle seule fait avancer le corps, tirant après elle sa carcasse.

Pascale Orellana, Axé Libre-Scènes
mai 2002
Avec Le rêve, Fabrice LAMBERT (Cie L'expérience Harmaat) invite le spectateur à visiter les confins du corps et du mouvement, en deviner les instances articulaires en jeu, les effets épidermiques du geste. Il convie à la perception des confins de l'acte de danser à travers une chorégraphie en solo où il répond à une vidéo d'Anna Ådahl exploitant en gros plans la peau et ses réseaux, qu'ils soient en surface (poils, rides et plis..) ou en profondeur (reliefs articulaires et musculaires lorsque le corps est en mouvement). Avec une lumière qui sculpte le mouvement, une présence hors pair de l'interprète, un geste cisaillé, pensé, réfléchi, vécu, élaboré millimètre par millimètre, c'est alors " la " Carlson que l'on devine dans les quasi-immobilités. La verticalité d'un corps debout, face au public, plombé par un faisceau lumineux qui assène ensuite ses revers gestuels presque décomposés, rend compte d'un mouvement ressenti à l'extrême, exploité en ses multiples combinaisons dans toutes les capacités articulaires. Le spectateur sent le mouvement arriver, il est comme à l'intérieur d'un flux, d'une pensée du mouvement que l'interprète parvient à transmettre. Le spectateur participe à l'élaboration du geste tant dans les longs déliés que les dislocations. Eloge du geste dansé, une pièce à ne pas manquer, ne serait-ce que pour la délicieuse chorégraphie de plantes de pieds.

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