.D'EUX                                     CREATION 2008

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Par Sophie Grappin-Schmitt pour parisart.com
Fabrice Lambert
D'eux
21 mai - 23 mai 2008
Pantin. Centre national de la danse

Après Gravité, Fabrice Lambert continue d’explorer l’incidence du poids des corps sur notre perception de l’espace et du temps. Véritable plongée dans la matière chorégraphique, D’eux joue sur les limites perceptives du spectateur pour y faire naître de nouveaux lieux de rencontre.


Agile, précis, Fabrice Lambert développe une écriture qui oscille entre accélération et moments de pure retenue : déroulé au sol, où le corps, lentement, laisse jouer son poids entre l’élévation et la chute, tandis que d’un seul coup peut jaillir un bras, une forme fugitive, voire une course fluide, à quatre pattes. Ce matériel chorégraphique, qui déjà malmène notre perception temporelle, constitue une base à partir de laquelle le chorégraphe a élaboré sa nouvelle pièce, D’eux, sous-titrée ensemble-séparés, et dont l’enjeu est d’opérer « une trouée profonde dans la linéarité du temps », de manière à permettre la rencontre des deux corps qui ne feront que se succéder sur scène.

Deux interprètes, Fabrice Lambert et Hanna Hedman, dansent le même solo, la même partition, mais selon deux mises en scène opposées. L’un dans la pénombre et le silence, nu, ouvre la représentation. Par sa présence, il construit un espace mystérieux voire inquiétant, dénué de limite, où l’œil fatigue, peine à suivre le mouvement. On ne distingue vraiment qu’un torse, le plus souvent de dos, et cette portion de visible nous absorbe entièrement jusqu’à l’apnée. Ce n’est que lorsque débute le second solo que l’on refait surface. Et pour cause : cette plongée dans le calme et l’obscurité est brutalement rompue. Un tour de passe-passe et le sol éclate de blancheur. La musique surprend nos tympans, accoutumés au silence, tandis qu’Hanna Hedman interprète à son tour le solo, le corps non pas nu, mais à demi escamoté par une doudoune, elle aussi blanche. Se télescopent alors les deux versions d’un même parcours, qui se teintent forcément du milieu environnant.

Dans sa version féminine, seules les extrémités subsistent, et, au lieu de produire cette impression de flottement qui règne dans notre souvenir, le solo devient plus pointu ; il se définit, à la fois sur scène et dans nos mémoires. Et, alors que le silence semblait dilater les mouvements, la saturation de sons électriques, de voix, de guitares et de batteries amplifiées (bribes empruntées à Led Zeppelin, Deep Purple, Jimmy Hendrix) achève d’isoler le corps déjà calfeutré par son costume, de le renvoyer à sa fragilité, sa finesse. Comme souvent chez Fabrice Lambert, l’environnement agit en révélateur, rendant patent tout ce que la chorégraphie élabore silencieusement comme jeu de gravité, de résistance, de liaison et d’espace.

Le spectacle se clôt sur l’intervention inattendue de Frédéric Laügt (concepteur de la bande sonore), qui vient rompre la symétrie ou, plutôt, injecter d’autres temporalités au spectacle. Armé d’un accordéon et d’une chaise, il occupe seul la scène pour y jouer une ritournelle : mouvement cher à Deleuze et Guattari dont les propriétés se trouvent redoublées par celles du timbre de l’instrument. Evocateur de nombreux clichés (la France, forcément romantique, des amours pas toujours heureux …), l’accordéon agit sur nous comme une présence rassurante, capable de colorer l’échange qui s’est produit sur scène et dont la nature immatérielle se révèle aussi fuyante que fugace.

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D’Eux de Fabrice Lambert – « Danser » Juillet Aout 2008 par Philippe Verrièle

Comme souvent chez ce jeune chorégraphe, un concept simple et lisible. Deux parties dialectiquement affrontées : d’abord homme nu sur fond noir, très faible lumière et son discret, gestuelle dressée toute de déplacements précautionneux ; ensuite – suppose-t-on – femme enfouie sous le capuchon, fond blanc, lumière crue et son hurlant, gestuelle surtout au sol tentée par la convulsion. Tout se résout quand un accordéoniste vient expirer sa ritournelle, assis sur une banale chaise. On relit (et relie) l’un à l’autre et c’est dans la confrontation que se ferait la pièce si, justement, la chose n’était un peu plus futée. Car tout est bancal dans la seconde partie. Les laizes blanches du sol cachent mal le noir, le survêtement cache trop le corps, la montée du volume sonore ne débouche sur rien et la danse ne sait à quoi s’en tenir. Tout, mais discrètement, induit le doute sur cette frontalité de la confrontation qui n’aboutit que sur la vacuité d’une nostalgie désolée. Pièce piégeuse, un rien dogmatique et intelligente.

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Par Gerard Mayen pour mouvement.net

(...) Première moitié de cette pièce titrée Deux : Fabrice Lambert lui-même développe un solo d’appuis rigoureusement précis, par pauses lentes, près du sol. Cela se déroule en silence, et dans une pénombre proche de l’obscurité. Achétype du beau danseur, l’interprète et chorégraphe est intégralement nu. Sur ce point, on craignait le pire côté public : une salle composée aux trois quarts d’adolescents du 9-3 (imaginez : ces arriérés !). A peine un bronchement, deux ricanements, puis rien ; ce qui ne veut pas rien dire, question politique des publics. Deuxième séquence de la pièce : la même danse, mais par un personnage engoncé dans une énorme tunique difforme, sous un éclairage plein feu aveuglant, et bombardement de décibels assourdissants. Aux saluts, ce personnage se révèle être une interprète – dont l’éventuelle singularité « féminine » aura été dissimulée par l’énorme vêtement. Soit une opposition à fronts renversés entre les deux parties de la pièce. (...)

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