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-Interview

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L'Expérience Harmaat est un laboratoire. Vous utilisez beaucoup l'image et le son. Qu'est ce qui vous a intéressé dans l'idée de travailler avec et à partir d'un dispositif sonore ?

Comment se sont tissés les liens entre les danseurs et ce dispositif pendant la création ?

Les espaces sensibles, réactifs m'impressionnent. Ce n’est pas tant la matière son, lumière ou vidéo qui m’inspire mais plutôt la tension que ces espaces révèlent au corps quand ils détournent ou résonnent avec mes propositions physiques.

Le dispositif sonore et scénographique rend visible la projection du corps en la spatialisant. C’est un son-mouvement.

C’est aussi grâce à la rencontre avec Denis Gambiez, une même sensibilité artistique, qu’a démarré le projet. L’envie de redonner à l’interactivité et au Dispositif un fonctionnement plus archaïque : l’analogique.

Le dispositif instaure un décalage entre l’action de l’interprète (le danseur) et la réponse du dispositif. Avec ce décalage, l’interprète (le danseur) est obligé de ré-interroger sa proposition en temps réel. Le corps devient proposition sonore.

Votre spectacle semble instaurer une tension entre le dévoilement d'une certaine intimité des corps, et un espace de jeu collectif. Comment s'effectue la circulation entre ces deux images du corps ?

Le spectacle démarre par un jeu collectif. Ce jeu libère ainsi au fur et à mesure la nécessaire subjectivité et la pulsion (plus qu’intimité) physique de chaque danseur.

 

Ce jeu va, au fil du temps, s’abîmer, se détériorer, se déjouer, échouer et recommencer. Le désir de l’autre ou sa prise de pouvoir va provoquer ces charnières entre les différentes étapes conduisant à l’issue de ce jeu.

Comment travaillez-vous la frontière entre le corps et sa représentation ?

Le son apporte-t-il une dimension nouvelle à cette représentation ?

Le dispositif instaure un espace clôturé, fermé, protégé, infranchissable par les danseurs. Cet espace s’apparente à une aire de jeu, voire un ring (comme la boxe), qui sollicite une occupation.

Je ne veux pas forcément parler du corps et de ses représentations mais plutôt du groupe (et de ses représentations) : les limites de l‘individu, les limites du groupe.

C’est un jeu à quatre qui s’observe où le son apporte cette liberté d’espace qui s’exprime : un franchissable que l’individu par faiblesse n’ose pas.

L'idée d'espace de jeu implique une relation intersubjective entre les danseurs, mais aussi entre les danseurs et l'opérateur du son, et entre les différents acteurs et le public. Comment, finalement, avez-vous traité la question de la relation à l'autre ?

L’opérateur du son interagit sur les danseurs en reproduisant ou déformant ce qu’ils lui donnent à voir. Le public, lui, est témoin de cet échange. Il observe le rapport de pouvoir toujours en mouvement qui s’échange entre les danseurs de ce jeu et les répliques que leur impose l’opérateur du dispositif.

Le jeu est un principe de plaisir. Par là, il induit l’individu vers ses plus intimes espaces.

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