Le Monde / 02.28.2008
Fabrice Lambert’s alphabet is composed of 26 spectacular modules, articulated around 26 themes corresponding to the 26 letters of the alphabet. Each fifteen minute sequence can be seen independently. At the Centre national de la danse in Pantin, three wandering propositions, three dream bubbles are presented. I as in the French word “interprète’ for performer: the audience is given about 12 headphones diffusing interviews made by Fabrice Lambert of anonymous dancers about their work, their life conditions. This audio documentary introduces V, as in the French word “ventre” for womb. A piece of white and red carpet, rolled up and abandoned on the pavement stands in the dark. It moves and bends imperceptibly, finally falling softly to the ground. As one keeps looking at this unlikely iceberg, one forgets the person within this living carpet and starts fantasizing about its spasms. With G, as in Gravity, Fabrice Lambert succeeds in creating a surprising session of hypnosis. A man lies in front of a white screen, on a black stage covered with a thin layer of water. Thanks to a unique projector, his very slow movements are projected on the screen in a fantastic way. The water foams while the body seems to dissolve in its bubbles. Its silhouette in shadowgraph gives the impression that the performer is seen from underneath and recalls the figure of a drowned person floating on the surface of the water. A virtual diving that is singularly successful.
Rosita Boisseau
mouvement.net
Narcissi in between waters, Fabrice Lambert at Uzès Danse Fabrice Lambert allows himself to be trapped in the beautiful specula potential of all presence.
Fabrice Lambert is an heir of a movement in choreography that claims a direct and original link to the body (…). In G as in Gravity in which he performs, the choreographer is caught by the genius of a beautiful ellipse. Can any one imagine anything simpler than this thin layer of water spread on the horizontal surface of a 5 x 5 stage? Light goes through the water and projects the image on a vertical screen of the same dimension placed in back of the stage. Fabrice Lambert evolves on this aquatic surface as if he was walking on water, limiting every one of his movements. The least inflexion of movement, the slightest breath of air, a least step becoming a caress – these are enough to wrinkle the surface of the water. These movements create images on the screen: radiant waves, water expanses and undertows, fascinating dilutions, expansions, withdrawals animating the water. As the dancer stands in between the two surfaces, he incarnates the vehicle of this transmutation, of this plastic game of great dreamlike power. The visual realization operates simultaneously on these two levels: on the one hand the banal character of a physical phenomenon and, on the other, its transcendental movement towards an enchanted imaginary. This specula strategy introduces a powerful fascination in which the mirror becomes animated and Lambert is dissolved in ambiguous forms, fetus like shapes, fragmentary absences, disappearing sparkles. Angelic, cosmic or mythological figures seem to awaken in a maelstrom through which nymphets and dolphins pass. By using a very simple stage procedure, G as in Gravity succeeds in spreading the illusionist potential contained in every appearance of a body on a stage.
Gérard Mayen Published 06/28/2007
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Par Sophie Grappin pour paris-art.com
À l’origine il y a le projet ambitieux, beaucoup plus vaste, de constituer un Abécédaire de la danse composé de vingt six pièces courtes comme autant de lettres de l’alphabet. Dans cette version proposée au Centre national de la danse, il ne reste que trois lettres : V comme Ventre, G comme Gravité, et I comme Interprète.
Il ne s’agit pas tant d’expliquer certains mots, ni de définir le vocabulaire de la danse, mais d’en proposer une illustration, à l’image de ces travaux au point de croix ou de ces grands tableaux destinés aux enfants. C’est là toute la force du projet : ne pas se perdre en explications mais, par la mise en œuvre de dispositifs, donner à voir ce qui fait l’enjeu des termes retenus, tout en partageant avec le public un savoir dansé qui permettrait ce que Fabrice Lambert nomme « l’entraînement régulier du public ».
Or, en confrontant la danse au texte, il se produit une réaction fertile, la lettre et les mots procédant à une sédimentation naturelle de ce qui, en danse, est par essence volatile.
Ainsi le passage à l’écriture et l’accession au statut de chorégraphe se trouvent en premier lieu questionnés par l’installation I comme Interprète, qui sert aussi bien de prélude que d’épilogue aux deux spectacles.
Fabrice Lambert donne la parole à treize danseurs qui expliquent ce qui fait leur métier d’interprète, ce qu’ils aiment ou non, et, entre autres, leur relation à l’écriture chorégraphique. Obligé de s’asseoir au sol, le spectateur prête l’oreille à ces confidences anonymes. Car si l’on nous livre leur âge, leur nationalité ou la profession de leurs parents, ces danseurs n’ont pourtant pas de noms. Leur identité se confond avec leur rôle d’interprète : spécificité de la danse que de ne pas identifier les corps, de les confondre dans l’anonymat. I comme Identité donc, auquel le mot interprète semble se substituer.
On retrouve ce troublant anonymat dans V comme Ventre, où l’interprète de Fabrice Lambert, entièrement enveloppé dans une parcelle de moquette rouge, forme une sculpture abstraite qui va se rétracter sur elle-même. Effectué le plus imperceptiblement possible et coordonné au travail d’ambiance sonore et lumineuse, ce simple geste de contraction permet de révéler l’existence d’un ventre. On a l’impression que tout l’environnement forme une enveloppe, une nappe d’espace-temps qui se replie sur elle-même. Or cette image traduit parfaitement la sensation qu’éprouve le danseur en début d’entraînement, au sol, retrouvant son centre par de lents mouvements d’introspection.
Ainsi le spectateur expérimente la danse autrement que par sensation kinesthésique — qui consiste à ressentir par procuration les mouvements qu’effectue un danseur, selon un principe d’empathie et de mimétisme du système nerveux.
Pour donner à voir la notion de gravité, Fabrice Lambert ne compose pas une danse où la consigne serait d’insister sur les effets de poids, mais imagine un dispositif plastique qui va permettre de rendre visible et compréhensible un système dynamique.
Le danseur-chorégraphe évolue sur un plan d’eau, qui se reflète sur le mur du fond et où tout appui transforme la surface aqueuse en ondes immédiatement perceptibles. Ce dispositif relativement simple, là encore coordonné à une ambiance (sons de basses qui instaurent dans les graves une densité sonore, puis boucles passées à rebours qui semblent au contraire aspirer et renverser la chute des corps), permet de rendre évident un paradoxe qui veut que des appuis forts dans le sol entraînent une plus grande élévation et légèreté du reste du corps. Plus le danseur étend son corps sur le plan d’eau, plus son ombre projetée semble aérienne, auréolée, comme le sont les images de bouddha, de corps mystiques en lévitation.
Devenu chorégraphe, Fabrice Lambert nous transmet donc son savoir avant ses ressentiments, choix dont nous pouvons savourer toute l’intelligence.