.L'ABECEDAIRE                            EN TOURNEE

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Fabrice Lambert’s Dreamy Body Motion

Le Monde / 02.28.2008

Fabrice Lambert’s alphabet is composed of 26 spectacular modules, articulated around 26 themes corresponding to the 26 letters of the alphabet. Each fifteen minute sequence can be seen independently. At the Centre national de la danse in Pantin, three wandering propositions, three dream bubbles are presented. I as in the French word “interprète’ for performer: the audience is given about 12 headphones diffusing interviews made by Fabrice Lambert of anonymous dancers about their work, their life conditions. This audio documentary introduces V, as in the French word “ventre” for womb. A piece of white and red carpet, rolled up and abandoned on the pavement stands in the dark. It moves and bends imperceptibly, finally falling softly to the ground. As one keeps looking at this unlikely iceberg, one forgets the person within this living carpet and starts fantasizing about its spasms. With G, as in Gravity, Fabrice Lambert succeeds in creating a surprising session of hypnosis. A man lies in front of a white screen, on a black stage covered with a thin layer of water. Thanks to a unique projector, his very slow movements are projected on the screen in a fantastic way. The water foams while the body seems to dissolve in its bubbles. Its silhouette in shadowgraph gives the impression that the performer is seen from underneath and recalls the figure of a drowned person floating on the surface of the water. A virtual diving that is singularly successful.

Rosita Boisseau

 

 

Cyrille Planson, La Scène - décembre 2006

Formé au conservatoire national de région de Grenoble, puis au Centre national de danse contemporaine d’Angers, Fabrice Lambert a fondé avec un danseur finlandais, Juha-Peka Marsalo, la compagnie Expérience Harmaat au sein de laquelle il développe une recherche toute personnelle. En résidence triennale au Manège, scène nationale de La Roche-sur-Yon, jusqu’en décembre 2006, il a su s’associer à d’autres artistes, plasticiens, vidéastes et danseurs, pour développer toute une série de propositions de haute volée. C’est au cours de cette résidence qu’il a pu créer son « Abécédaire » : vingt-six propositions dansées, courtes et originales, pour vingt-six lettres de l’alphabet et un même questionnement sur le corps et sa relation à son environnement. De « A comme abstraction » à « Z comme A (abstraction bis) », son travail est empreint de finesse et de grâce maîtrisée. Tout au long de ce parcours dans son abécédaire intime, Fabrice Lambert invite le spectateur à s’interroger successivement sur l’objet, le regard, le paysage ou le mouvement. Avec « G comme gravité », il offre à l’œil un rapport étonnant aux forces invisibles de la gravitation, aux vibrations infimes d’un corps dans l’espace. Un dispositif très simple, utilisant l’eau comme un miroir, plonge le spectateur dans une rêverie onirique. Les « lettres » de l’abécédaire de Fabrice Lambert peuvent être présentées de façon dissociée, pour une soirée spécifique ou une première partie, ou dans leur intégralité en fil rouge d’un projet de saison.

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Par Sophie Grappin pour paris-art.com

À l’origine il y a le projet ambitieux, beaucoup plus vaste, de constituer un Abécédaire de la danse composé de vingt six pièces courtes comme autant de lettres de l’alphabet. Dans cette version proposée au Centre national de la danse, il ne reste que trois lettres : V comme Ventre, G comme Gravité, et I comme Interprète.
Il ne s’agit pas tant d’expliquer certains mots, ni de définir le vocabulaire de la danse, mais d’en proposer une illustration, à l’image de ces travaux au point de croix ou de ces grands tableaux destinés aux enfants. C’est là toute la force du projet : ne pas se perdre en explications mais, par la mise en œuvre de dispositifs, donner à voir ce qui fait l’enjeu des termes retenus, tout en partageant avec le public un savoir dansé qui permettrait ce que Fabrice Lambert nomme « l’entraînement régulier du public ».

Or, en confrontant la danse au texte, il se produit une réaction fertile, la lettre et les mots procédant à une sédimentation naturelle de ce qui, en danse, est par essence volatile.

Ainsi le passage à l’écriture et l’accession au statut de chorégraphe se trouvent en premier lieu questionnés par l’installation I comme Interprète, qui sert aussi bien de prélude que d’épilogue aux deux spectacles.
Fabrice Lambert donne la parole à treize danseurs qui expliquent ce qui fait leur métier d’interprète, ce qu’ils aiment ou non, et, entre autres, leur relation à l’écriture chorégraphique. Obligé de s’asseoir au sol, le spectateur prête l’oreille à ces confidences anonymes. Car si l’on nous livre leur âge, leur nationalité ou la profession de leurs parents, ces danseurs n’ont pourtant pas de noms. Leur identité se confond avec leur rôle d’interprète : spécificité de la danse que de ne pas identifier les corps, de les confondre dans l’anonymat. I comme Identité donc, auquel le mot interprète semble se substituer.

On retrouve ce troublant anonymat dans V comme Ventre, où l’interprète de Fabrice Lambert, entièrement enveloppé dans une parcelle de moquette rouge, forme une sculpture abstraite qui va se rétracter sur elle-même. Effectué le plus imperceptiblement possible et coordonné au travail d’ambiance sonore et lumineuse, ce simple geste de contraction permet de révéler l’existence d’un ventre. On a l’impression que tout l’environnement forme une enveloppe, une nappe d’espace-temps qui se replie sur elle-même. Or cette image traduit parfaitement la sensation qu’éprouve le danseur en début d’entraînement, au sol, retrouvant son centre par de lents mouvements d’introspection.

Ainsi le spectateur expérimente la danse autrement que par sensation kinesthésique — qui consiste à ressentir par procuration les mouvements qu’effectue un danseur, selon un principe d’empathie et de mimétisme du système nerveux.

Pour donner à voir la notion de gravité, Fabrice Lambert ne compose pas une danse où la consigne serait d’insister sur les effets de poids, mais imagine un dispositif plastique qui va permettre de rendre visible et compréhensible un système dynamique.
Le danseur-chorégraphe évolue sur un plan d’eau, qui se reflète sur le mur du fond et où tout appui transforme la surface aqueuse en ondes immédiatement perceptibles. Ce dispositif relativement simple, là encore coordonné à une ambiance (sons de basses qui instaurent dans les graves une densité sonore, puis boucles passées à rebours qui semblent au contraire aspirer et renverser la chute des corps), permet de rendre évident un paradoxe qui veut que des appuis forts dans le sol entraînent une plus grande élévation et légèreté du reste du corps. Plus le danseur étend son corps sur le plan d’eau, plus son ombre projetée semble aérienne, auréolée, comme le sont les images de bouddha, de corps mystiques en lévitation.

Devenu chorégraphe, Fabrice Lambert nous transmet donc son savoir avant ses ressentiments, choix dont nous pouvons savourer toute l’intelligence. 

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